La controverse d’un débat public : les salles de shoot de drogue en France

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CONTEÚDO

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MENDONÇA, Natália Heringer [1], BENTO, Nárgila Mara da Silva [2], ALMEIDA, Dulce Maria Filgueira de [3]

MENDONÇA, Natália Heringer. BENTO, Nárgila Mara da Silva. ALMEIDA, Dulce Maria Filgueira de. La controverse d’un débat public : les salles de shoot de drogue en France. Revista Científica Multidisciplinar Núcleo do Conhecimento. Année. 06, Ed. 11, vol. 01, p. 61 à 79. Novembre 2021. ISSN: 2448-0959, Lien d’accès: https://www.nucleodoconhecimento.com.br/sciences-sociales/drogue-en-france

RÉSUMÉ

La présente étude est née de l’effort de compréhension du contexte social de la mise en place de salles de shoot à risque réduit pour les usagers de drogues injectables sur la base du cas de la France, qui a autorisé l’ouverture de ces établissements en 2016. Étant donné que l’usage de drogues psychoactives a longtemps été combattu par une politique prohibitionniste qui a pris effet à partir de 1970 dans le pays, la question suivante se pose: quels ont été les aspects sociaux qui ont conduit à l’adoption d’un autre modèle, jusqu’ici moralement contesté par sa société, qui accepte l’utilisation modérée et dans des environnements appropriés de ces substances? L’article vise à analyser la constitution discursive interposée sur les salles de shoot dans le débat public Français. Nous avons mené une recherche de nature théorique à l’aide d’une méthodologie qualitative, qui était une revue bibliographique non exhaustive, réalisée en 2019, comprenant des articles scientifiques et des thèses. La principale base de consultation était la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg. Les résultats indiquent que, selon le matériel analysé, la généalogie sur l’utilisation de substances psychoactives est liée à la stigmatisation des utilisateurs. L’aspect social qui a conduit à la transition du prohibitionnisme à l’adoption du modèle de modération dans l’usage des drogues psychoactives s’est produit à travers un champ de controverses qui a progressivement inséré le thème de la réduction des méfaits dans le Français débat public. De plus, jusqu’à l’époque de la recherche, il y avait une production scientifique rare sur le sujet, malgré son importance pour le débat public. Il est conclu que surmonter les controverses sur le sujet peut contribuer à la (dé)stigmatisation des utilisateurs de substances psychoactives, redéfinissant leur rôle social et leur statut dans les processus d’interaction dans la société.

Mots-clés : Débat public, Substances psychoactives, Salles de shoot à risque réduit, France.

1. INTRODUCTION

Dans la constitution des sociétés humaines, l’utilisation de substances psychoactives a toujours été une constante. Utilisées dans les processus rituels, que ce soit dans les cérémonies religieuses ou dans les circonstances festives hédonistes, ces substances ont toujours fait partie des cultures humaines (ESCOHOTADO, 2008). Vers les années 1980, l’épidémie résultant du syndrome d’immunodéficience acquise (SIDA), ainsi que l’augmentation des infections dues à l’hépatite C (sexuellement transmissible) ont provoqué des discussions sur la consommation de substances psychoactives, en particulier celles de nature injectable. Durant cette période, une reformulation de la santé publique a été discutée par plusieurs acteurs de la sphère internationale, instaurant ainsi un débat public. Une réorganisation des politiques de santé publique centrée sur le mode de vie des personnes directement touchées par leurs mesures a été revendiquée, ainsi que l’adéquation de ces mesures à la réalité des populations (JAUFFRET-ROUSTIDE; CAILBAULT, 2018). De ce point de vue, l’utilisation modérée de substances dans un établissement approprié est apparue comme une alternative plausible compte tenu du contexte social, en plus de l’abstinence des utilisateurs.

Garrau (2018), dans l’ouvrage Politiques de la vulnérabilité, explique que la conception de Platon de l’être humain rationnel consiste en un individu idéal qui contrôle totalement ses désirs, ce qui est basé sur la logique de l’abstinence. Contrairement à la notion platonique, Aristote (1992) dans Éthique à Nicomaque contribue à élaborer l’idée de tempérance, qui sous-tendrait la logique de modération. Enfin, même sans mentionner explicitement ces logiques, dans l’article Le contrecorps de la toxicomanie, Le Breton (2012a) dialogue avec l’idée que le recours à la drogue est moralement faisable et l’inclut dans l’ensemble des conduites ordalique, expliquées dans Sociologie du risque (LE BRETON, 2012b).

Selon l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT, 2017), la première salle d’injection supervisée a été ouverte en Suisse en 1986. Aujourd’hui, le pays offre 12 de ces structures. L’Allemagne a autorisé son exploitation en 2000 et compte actuellement 24 établissements. L’Espagne en compte 13 et les Pays-Bas offrent 31 espaces du même type. Il y en a encore deux en Norvège, un au Luxembourg et quatre au Danemark. D’autres existent encore au Canada et en Australie. En France, même en dehors du cadre légal, une première Consumer Room a été ouverte en 1994 par le groupe Auto-support des usagers de drogue[4] (ASUD) à Montpellier. Cependant, l’établissement a été fermé après l’overdose d’une jeune femme en 1995. Après cet épisode, les salles de shoot ne recevraient l’autorisation légale d’opérer qu’en 2016.

En ce qui concerne le contexte Français, Jauffret-Roustide et Cailbault (2018) montrent les contours dramatiques que le débat sur le sujet a acquis dans la couverture médiatique. Les arguments les plus évoqués par les médias en faveur des salles de shoot ont fait valoir qu’ils étaient favorables à la diminution des taux de surdose et de contamination par les maladies transmissibles. Cependant, la profusion d’arguments était beaucoup plus faible par rapport à ceux qui mettaient l’accent sur la tranquillité sociale résultant de la diminution de la consommation dans les espaces publics et de la diminution de l’exposition à l’humiliation morale et sociale des utilisateurs qui souffrent du sentiment de honte et de peur.

Dans les années 2000, alors même que la majorité des personnels de santé avait adhéré au discours de réduction des atteintes à la santé, des arguments étaient encore publiés dans la presse selon lesquels les salles de shoot perpétuation mal qu’une personne peut se faire à elle-même. Dans le contexte micro, la polémique est intense, notamment à Paris, dans le Quartier Gare, où la Consumer Room parisienne a été installée. Dans ce quartier, beaucoup s’opposent aux chambres de peur que la marginalisation des habitants ne s’accentue et qu’ils soient mis en danger. De son côté, on estime que la Salle des Consommateurs de Strasbourg n’a pas subi d’opposition de la part des habitants car son implantation était prévue pour être réalisée dans les locaux du CHU.

Cela dit, considérant que l’usage des drogues psychoactives a été combattu par la France à travers un modèle prohibitionniste à partir de 1970, la question fondamentale se pose : quels ont été les aspects sociaux qui ont conduit à l’adoption d’un autre modèle, jusque-là moralement contesté par sa société, qui accepte l’usage modéré et dans des environnements appropriés de ces substances ? Ainsi, cet article[5] vise à analyser, à partir d’une recherche bibliographique, la constitution discursive interposée entre le prohibitionnisme et le paradigme sanitaire sur l’institutionnalisation des établissements, appelés salles de shoot à Risque Réduit, destinés aux utilisateurs de substances psychoactives injectables en France.

2. LES SALLES DE SHOOT, D’ABSTINENCE ET DE MODERATION : ASPECTS D’UN DEBAT MORAL PUBLIC

La controverse sur la mise en œuvre des salles de shoot met en évidence l’aspect moral du processus qui a conduit à son autorisation, car elle montre la reformulation du discours sur ce qui est compris comme une conduite souhaitable et acceptable dans notre société. Cela fait partie de la généalogie de la transition du prohibitionnisme à la réduction des méfaits. Ce passage montre comment le sujet contestataire des années 1970 est devenu le junky et le marginal des années 1980 et les années 1990 addict. À travers ce chemin qui conçoit et désigne l’utilisateur de différentes manières, différentes constructions du sujet passent également.

Dans Le sujet et le pouvoir, Foucault (1982) discerne les formes de constitution du sujet, apportant une contribution théorique précise pour comprendre comment la logique qui a été installée avec le paradigme de la réduction des risques pour la santé institue une nouvelle forme d’appréhension de l’usager de drogue. Il est associé à cette idée son livre Surveiller et punir. Naissance de la prison (FOUCAULT, 1975), dans laquelle nous voyons comment fonctionnent les logiques qui soumettent les corps dits dociles. À cet égard, Foucault (1982) précise que le terme « sujet » a au moins deux significations : dans la première, l’individu est soumis à quelqu’un ou à quelque chose ; dans le second, il est l’auteur d’un sens qui est impliqué dans une action. Cependant, dans les deux cas, l’auteur soutient qu’il existe un pouvoir agissant sur le sujet. Cette affirmation est basée sur la théorie de l’action rationnelle, selon laquelle toute action est précédée de l’attribution de l’intention qui lui donne un sens. Cette caractéristique est conçue, à partir de la philosophie grecque, comme la principale qualité qui distingue les humains des animaux. En donnant une intention à chaque action et en agissant de manière à la réaliser, l’individu se consacre comme sujet de ses actions et, par conséquent, comme sujet de lui-même. En effet, lorsqu’il réfléchit à une décision, il met en pratique sa capacité à s’autodéterminer.

Pour effectuer cette attribution de sens, le sujet utilise ses références apprises au cours des interactions sociales et les significations qu’il leur donne. Par conséquent, Foucault (1982) souligne, même dans l’action motivée individuellement, que le sujet est soumis à une force extérieure. En ce sens, l’auteur soutient que la connaissance spécifique influence les façons tout aussi spécifiques dont une personne attribue un sens à la fois à ses propres actions et à elle-même. Par exemple, la logique de prohibition-abstinence propagée dans les années 1970 a soulevé des croyances sur la consommation de drogues qui ont persisté pendant longtemps, et même aujourd’hui, nous voyons certaines personnes se référer aux consommateurs de drogues comme des toxicomanes. Les effets de la psychiatrie de l’époque, l’idéal d’abstinence et la théorie de l’escalade classaient, isolent, médicamentent, punissent et institutionnalisant ceux qui étaient en dehors de l’adéquation sociale. C’est donc une connaissance qui rend possible l’exercice d’un pouvoir spécifique, selon les mots de Foucault (1982), d’un pouvoir-savoir.

Dans le domaine de la consommation de drogues, la politique de prohibition définissait la personne qui fait cette consommation comme un problème; les connaissances psychiatriques des années 1970 l’ont légitimé en établissant ce qu’est la toxicomanie et ses stades. Dans ce contexte, une discipline spécifique (FOUCAULT, 1975) vient régulariser les usages que les individus font de différentes substances. Selon ce rite, les individus sont accusés d’autosurveillance quant aux quantités, aux types de drogues, à la fréquence, aux formes de consommation et, en outre, jugent s’ils correspondent à des personnes supposées normales ou s’ils sont légers, modérés ou profondément dépendants.

Cependant, nous soulignons que, dans l’action rationnelle, le processus d’attribution des significations est constant et se répète à chaque action. Ainsi, si, d’une part, les sujets sont conditionnés par l’intériorisation des normes, d’autre part, ils ont la capacité de resignifier leurs expériences (JOAS, 2001). De cette façon, ils réinterprètent constamment la façon dont ils se conçoivent.

En apportant ce raisonnement à notre thème, la façon dont les utilisateurs s’approprient leurs expériences avec les drogues exprime des formes très particulières d’utilisation, aussi uniques que puissent être les resignifications de ces substances et d’elles-mêmes. Par exemple, beaucoup cherchent à ne pas recourir à des moyens institutionnels, en faisant des cycles de substitution avec des médicaments tels que la codéine et la méthadone eux-mêmes (KOKOREFF et al., 2018). D’autres notent que leur dépendance est liée à l’injection et commencent à introduire d’autres liquides tels que l’eau (DOS SANTOS, 2016). Par conséquent, si la discipline dans l’utilisation de drogues subjectives individus, certains si subjectif comme normal et d’autres comme toxicomanes, il y a aussi des indications que ce sens sera reformulé par le sujet.

Dans ce contexte, nous nous sommes rendu compte que, dans le passage du prohibitionnisme à la réduction des méfaits, la prédominance de la logique de l’abstinence a cédé la place à celle de la modération. Dans le prohibitionnisme, l’abstinence de certaines drogues produisait une sorte de corps docile (FOUCAULT, 1975) et, jusqu’à récemment, elle séparait ceux qui abaissaient cet idéal de ceux qui le détournaient, incarcéraient ces derniers dans des prisons ou dans un établissement psychiatrique. Cependant, en réduisant les dégâts, l’adoption de l’idée de modération va « réconcilier » les corps d’une autre manière : par un accès contrôlé au plaisir et au risque. Comme le sujet continue d’être un agent de son choix, l’incarcération a lieu dans le plan des idées, parce que le sujet est piégé dans la responsabilité même de contrôler l’utilisation de la drogue.

Afin de clarifier les logiques d’abstinence et de modération, nous avons eu recours à la discussion initiée par Platon et Aristote sur l’action humaine. La morale platonicienne fait partie de la séparation entre le monde sensible et le monde des idées, la première liée au corps et la seconde à l’esprit. Pour lui, le sensible est l’expression des sensations, des désirs du corps, qui nous trompent facilement. Lorsqu’il est motivé par eux, le sujet serait plus exposé à l’incertitude. Ainsi, pour les neutraliser, il faut que l’individu existe pour la raison, car il permet de dominer le désir. Par conséquent, selon cette morale, la vie devrait être aseptique, autosuffisante et exempte de passions corporelles (GARRAU, 2018). Une telle affirmation d’une autonomie extrême et un déni de sensibilité sont à la base de l’idéal de l’abstinence.

Aristote (1992) pense aussi que le domaine de l’incertitude implique la restriction des désirs. Cependant, il ne propose pas le déni du monde sensible, mais l’accès à celui-ci par la tempérance. C’est, selon le philosophe, une vertu morale, c’est-à-dire une disposition que les sujets construisent à partir de l’apprentissage et des bonnes pratiques. Il s’agit du juste milieu entre l’excès et l’absence d’un certain désir, dans ce cas, le désir des plaisirs du corps au-delà ou en dessous des besoins naturels (ARISTOTE, 1992). L’approche aristotélicienne intéresse notre étude, car il ne s’agit pas de la recherche du plaisir, mais de la recherche de son excès, qui caractérise l’irrationalité. Ainsi, en utilisant la tempérance, l’action visant à atteindre le plaisir peut devenir rationnelle.

Ainsi, nous percevons une similitude de sens entre le concept de tempérance et celui de modération présent dans la politique de réduction des méfaits en matière de consommation de drogues. Dans ce cas, les bonnes pratiques des consommateurs créent la volonté d’agir rationnellement. C’est-à-dire que l’individu emploie sa rationalité, puisqu’il utilise la substance psychoactive, choisissant de le faire sans excès, soit du produit, soit du risque pour la santé. Dans ce contexte, la modération maintiendrait la dignité de la personne par la croyance en une utilisation contrôlée comme moyen de coexister avec l’utilisation de la drogue. Ce contrôle concerne la quantité, la fréquence et les modes qui présentent moins de risques d’utilisation, représentant la tentative de rationaliser la consommation en réduisant l’exposition de l’individu à l’incertitude des dommages possibles.

Plus récemment, Le Breton (2012a) abordé la consommation de drogues du point de vue de la relation entre le désir et la douleur. Cela s’ajoute aux approches qui étaient importantes pour contester le point de vue problématique lié à l’utilisateur de stupéfiants et qui détournent l’attention de l’abstinence. Il s’agit de concevoir des utilisateurs à partir d’un profil de suicide, mais en tant que personnes cherchant à rendre leur vie possible. L’auteur affirme que la dépendance trouve son origine dans l’action entreprise par le sujet afin de mettre fin à une douleur involontaire. Ceci est temporairement remplacé par une douleur volontaire, c’est-à-dire l’utilisation du médicament. L’auteur inscrit cette consommation parmi les conduites ordalique. Dans ce type de comportement, la personne cherche à valoriser sa propre vie à travers des expériences dangereuses auxquelles elle s’expose (LE BRETON, 2012b).

Au départ, la douleur volontaire et contrôlable qui remplace cette douleur involontaire nous permet de donner un sens à la sienne, d’être présent et de contenir son vide existentiel. Il tend également à soulager l’existence dans un monde individualiste confus et étouffant dans lequel les souffrances sont couvertes et les relations incertaines. Lors de la dépendance, cependant, l’utilisateur devient fortement lié à ce soulagement, à partir duquel la demande temporaire devient permanente (LE BRETON, 2012a).

Pour cette raison, l’utilisateur vit dans un va-et-vient constant entre les sensations, ce qui permet de ne pas être complètement immergé dans la souffrance ou dans l’idée de mettre fin à l’existence. C’est une période cyclique, dans laquelle la personne alterne l’intensité des sensations causées par le médicament et son absence (LE BRETON, 2012a). C’est un temps à part entière créé par la personne et par sa gestion de la douleur involontaire. Par conséquent, pour l’auteur, l’utilisateur cherche à reproduire ce relief afin qu’il puisse rester dans l’appartenance au monde à sa manière et non parce qu’il aspire à la mort. Cette façon de comprendre l’utilisateur comme un sujet qui cherche à donner un sens à la vie dialogue avec les arguments qui sont venus soutenir la mise en œuvre des salles de shoot en France.

En effet, le débat public s’est développé à l’échelle locale et c’est grâce à l’initiative des défenseurs de la réduction des méfaits que cette discussion a gagné en visibilité, notamment à partir de 2009. Les militants ont organisé des événements pour présenter la question aux espaces publics et ont exhorté les politiciens locaux à chercher à connaître des salles similaires dans d’autres pays. Après cette mobilisation, l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale[6] (INSERM) a déclaré en 2010 que les salles de shoot devraient être installées sur une base expérimentale et scientifiquement évaluée (JAUFFRET-ROUSTIDE ; CAILBAULT, 2018).

Du point de vue de la sociologie pragmatique, la publicité de la demande d’un espace de consommation de drogues, accentuée par les activistes de 2009, a provoqué une « augmentation en général » (BOLTANSKI ; THÉVENOT, 1991) du problème de la condition de pénivellement des utilisateurs. Le terme proéminent indique qu’un problème considéré comme singulier tend à être compris comme collectif à travers un processus dans lequel le débat public entre les acteurs qui composent le champ des controverses apporte un problème de microsphère à la macrosphère.

Ainsi, la diffusion du débat a encouragé les autres à se sensibiliser et à susciter l’empathie du public pour les utilisateurs (JAUFFRET-ROUSTIDE; CAILBAULT, 2018). Alors que cette exposition faisait entrer citoyens, usagers et élus locaux dans le champ du débat, la diversité des arguments atténuait la force du discours moral de l’abstinence et de ceux qui le soutenaient. C’est-à-dire que la pluralité des pensées a engendré une critique de ce qui était en place jusqu’à ce moment-là sur la façon de faire face à la consommation de drogues et a permis un nouvel engagement: faire l’expérience des salles de shoot à risque réduit. Par conséquent, l’action de petits groupes et la publicité du débat, ainsi que la manifestation de l’INSERM, conduiraient à l’autorisation future des salles de shoot à titre expérimental.

Il est intéressant de noter que l’autorisation de la mise en œuvre des salles de shoot conditionnées à l’expérimentation a rendu possible la combinaison de la consommation de drogues avec son contrôle, sa collecte de données et son analyse concomitants. Elle renforce également la position prépondérante de certains acteurs sociaux dans le domaine de la santé, en particulier ceux qui, lors de la mise à jour de leurs discours, maintiennent leur importance sur le terrain pendant les années d’expérimentation. Ce fut le cas de l’INSERM, qui après avoir émis une note favorable et conditionné la mise en œuvre des salles à l’examen par des spécialistes, est devenu l’organisme responsable de son évaluation.

Actuellement, les salles de shoot sont analysées par deux programmes de recherche (MILDECA, 2016). Le Cosinus, une évaluation socio-épidémiologique menée par l’INSERM qui commine l’amélioration des conditions socio-sanitaires et les pratiques de réduction des méfaits des utilisateurs d’une salle de consommation par rapport aux utilisateurs qui n’y assistent pas. Une deuxième évaluation étudie l’acceptabilité sociale des salles de shoot et leur impact sur la tranquillité sociale. Il est tenu par le Centre de recherche médecine, sciences, santé, santé mentale, société[7] (CERMES3), laboratoire pluridisciplinaire qui utilise l’observation ethnographique des espaces publics et des entretiens avec les utilisateurs, les acteurs de la réduction des méfaits, les associations et les résidents.

Toutefois, il est à noter que l’ usage de stupéfiants reste un délit en France. Les utilisateurs d’agents psychoactifs savent qu’ils peuvent encore être punis – lorsqu’ils consomment ces substances en dehors d’un environnement tel que les salles de shoot – d’une incarcération pouvant aller jusqu’à un an et d’une amende de 3 750 euros, ou d’une peine alternative à définir par un juge. Cela peut se traduire par un travail non rémunéré, un stade de sensibilisation aux dangers des drogues et une injonction thérapeutique. En d’autres termes, d’un point de vue juridique, l’interdiction a été assouplie, mais pas éteinte.

3. MÉTHODOLOGIE

Comme mentionné, dans le but d’analyser, sur la base d’une recherche bibliographique, la constitution discursive interposée sur les salles de shoot à risque réduit dans le débat public Français, nous avons effectué une recherche de nature théorique, en utilisant une méthodologie qualitative, en utilisant le modèle d’étude la recherche bibliographique. Il s’agissait d’une revue bibliographique non exhaustive, comprenant les types de documents suivants : articles scientifiques et thèses. La base de consultation a été formée par la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg et, en outre, nous avons utilisé Google, à la fois académique et conventionnel. Dans les recherches, les mots-clés ont été insérés comme descripteurs : « Salle de consommation à risque réduit » ; « réduction des méfaits »; « contrôle de la consommation de drogues »; « politiques anti-drogue ». Et en tant qu’opérateurs booléens, nous utilisons « AND » et « OR ». Nous ne fixons pas de calendrier.

Quatre articles et trois thèses ont été trouvés pour la période de 2000 à 2018, comme le montre le tableau suivant.

TABLEAU 1 – Documents identifiés lors de la première recherche

Titre Gentil Année
1 Entre politiques du vivant et politiques de la vie: pour une anthropologie de la santé.  Article 2000
2 Le contrecorps de la toxicomanie. Article 2012
3 Usages de traitements de substitution aux opiacés: étude comparative: France, Suisse et Québec. Thèse 2016
4 Les salles de consommation à moindre risque.  Article 2016
5 L’addiction comme pathologie de la volonté: repenser l’impuissance de la volonté à la lumière des sciences cognitives. Thèse 2017
6 Ouverture d’une salle de consommation à moindre risque (SCMR): attentes des usagers de drogues. 2018. Thèse 2018
7 Drug consumptionrooms: comparing times, spaces and actors in issues of social acceptability in French public debate. Article 2018

Source : propre (2021).

Compte tenu du nombre total de documents obtenus, selon la lecture, nous avons réalisé la nécessité d’effectuer une nouvelle recherche avec les thèmes, « prohibition des drogues », « prohibitionnisme », « modération », « tempérance » et « controverse », en utilisant les mêmes opérateurs booléens. Aucun article scientifique et thèse n’a été obtenu avec ces descripteurs, à l’exception de quatre livres, qui serviront de support à l’analyse.

Consécutivement aux première et deuxième recherches mentionnées, nous avons procédé à la lecture, à la catégorisation, à l’analyse et à la discussion. L’analyse des documents obtenus a eu lieu selon l’analyse de contenu (BARDIN, 2009). Dès la première lecture des documents, nous avons appelé le thème « généalogie » pour analyse, car c’était le thème récurrent dans les études présentées. Ce thème a donc été considéré comme un contenu exposé dans le débat public sur la constitution discursive entre le prohibitionnisme et le paradigme de réduction des dommages à la santé sur l’institutionnalisation des établissements appelés Salles de shoot à risque réduit en France.

4. DE LA GÉNÉALOGIE À LA STIGMATISATION

Comme nous le percevons dans le tableau ci-dessus, la production scientifique en France sur le sujet est encore naissante. Seules trois thèses et quatre articles scientifiques ont été identifiés. En les analysant séparément, nous pouvons voir que les thèses et les articles sont concentrés dans la période de 2000 à 2018, ce qui indique qu’il existe une relation entre la période de production scientifique et l’ouverture de la première salle de consommation à risque réduit en France, qui a eu lieu officieusement en 1994 et officiellement en 2016, comme on l’a vu précédemment. Un autre facteur à souligner est l’institutionnalisation du débat public international sur le sujet, qui dans certains pays européens, comme l’Allemagne, prend encore plus de souffle au début des années 2000.

L’analyse entreprise a pris en compte, sur la base des documents obtenus (articles scientifiques et thèses), le concept – contenu – « généalogie ». À cette fin, nous avons été dans la médiation de ce concept et dans l’appropriation de la notion de « stigmatisation » (GOFFMAN, 2004) pour l’analyse.

Nous soulignons le travail collectif dirigé par Michel Kokoreff, Anne Coppel et Michel Peraldi (2018) qui a également été pris comme référence pour la discussion. L’ouvrage aborde la question de la généalogie de notre thème. Les auteurs y font référence à la période originaire de France de l’utilisation de substances psychoactives comme une période de catastrophe invisible. Une image chronologique d’une histoire invisible et non linéaire est proposée dans l’introduction en séparant une période de découverte (1964-1973), une d’oscillation (1973-1987) et une autre de reflux (1988-1996). Dans ce contexte, les années 1960 marquent l’époque où l’héroïne était essentiellement consommée par les artistes, certains écrivains et surtout les diplômés, tandis que l’élite financière consommait de préférence de la cocaïne. Au cours de cette période, une grande quantité d’héroïne, connue sous le nom de marseillaise, a été exportée de Marseille vers les États-Unis par la soi-disant french connexion (KOKOREFF et al., 2018).

Nous passons ensuite aux approches sur la généalogie présentes dans les articles et thèses scientifiques. Fassin (2000), dans son article, apporte la perspective de la désinfection sociale pour comprendre comment se déroule le processus de construction d’un problème de santé publique. Le premier article de Jauffret-Roustide (2016) examine les salles de shoot comme moyen de réduire la dégradation socialement construite des utilisateurs. La thèse de Dos Santos (2016) analyse comment l’idéal d’abstinence présent dans le prohibitionnisme a été relativisé et a conduit à un processus de normalisation des conduites additives. La thèse de Trouessin (2017) traite de la transition dans la manière d’appréhender la personne – du toxicomane à l’utilisateur –  et de l’usage respectif des drogues – de la toxicomanie à l’ajout à la psychoactivité. Dans la troisième thèse obtenue, Valentin (2018) observe le début du fonctionnement de la salle strasbourgeoise et explique qu’elle propose aux utilisateurs du matériel aseptique pour l’utilisation de drogues injectables, telles que des seringues jetables et des aiguilles et des foulards pour éviter les septicémies. L’article de Jauffret-Roustide et Cailbault (2018) utilise la sociologie des controverses pour analyser, à travers l’observation du débat public dans la presse écrite locale et nationale dans les médias Français, comment se sont déroulées les salles de shoot à risque réduit.

Jauffret-Roustide et Cailbault (2018) soulignent que la forte polarisation entre l’ouverture intellectuelle de la santé publique et l’attachement à l’idée d’abstinence a donné un air très émotionnel aux discussions sur le problème de la drogue. Cela a amené les positions complémentaires à être considérées comme opposées. Le fait que la presse ait traité les controverses comme une polarisation a marqué la discussion sur les salles de shoot d’une manière beaucoup plus dramatique que ce que les chercheurs ont observé sur le terrain.

Compte tenu des consommateurs de drogues injectables, si, sur le plan social, ils étaient marginalisés et exclus de l’accès à leurs droits, au régime de santé, ils ont fini par se distancier du système de santé (JAUFFRET-ROUSTIDE, 2016). Kokoreff et al. (2018) abordent le contexte social et historique dans lequel la consommation de substances psychoactives est devenue un problème social en France, se déroulant dans une politique prohibitionniste. Les conséquences de cette situation vont au-delà des surdoses ou de la contamination par le VIH et l’hépatite C, englobant également la septicémie ou d’autres problèmes de santé qui n’ont pas été traités. De la grossesse au cardiaque, plusieurs utilisatrices n’ont pas cherché à obtenir des services de santé par peur du contrôle et de la stigmatisation. Compte tenu de l’ampleur de ces problèmes, il est difficile de calculer le nombre réel de décès causés par l’utilisation de drogues injectables.

Selon Goffman (2004, p. 22), « dans l’étude sociologique des personnes stigmatisées, l’intérêt se concentre généralement sur le type de vie collective, lorsqu’il existe, qui conduit ceux qui appartiennent à une catégorie particulière ». Au sens de l’auteur, les signes corporifier, c’est-à-dire matérialisés dans le corps des personnes, peuvent engendrer des mécanismes de prestige ou de stigmatisation, cependant, les deux sont des marqueurs de l’identité sociale des personnes, dans notre cas, des habitués des salles de shoot à risque réduit.

L’héroïne commence à s’inscrire, en France, dans les cycles de relations sociales liés à l’afflux de hippies et de freaks[8] qui traversent le territoire français. Dans les années 1970, ce produit a connu une propagation sans précédent avec la multiplication des fournisseurs de divers pays tels que la Turquie, le Liban, le Pakistan, la Thaïlande et l’Iran (KOKOREFF et al., 2018). L’intensification de la traite a conduit à des scènes de vente en plein air dans les années 1980 et au nombre important d’arrestations de jeunes dans les cités[9], qui étaient les plus persécutés par la police. Cela a mis en branle une machine pénale qui s’étendait jusqu’à la prochaine décennie. Les années 1990 ont ensuite été marquées par : une lutte contre les trafiquants de rue, une vague de consommateurs qui ont vieilli et se sont retrouvés dans une grande pénurie, et enfin par l’islam se présentant comme un point d’appui pour sortir de la toxicomanie. C’est aussi à ce moment-là que le discours sur la réduction des méfaits a émergé.

Plus précisément, en ce qui concerne les années 1960, le bon sens n’associe pas les drogues aux jeunes, car la consommation n’était pas un thème connu, même parmi les éducateurs et les enseignants (KOKOREFF et al., 2018). À partir de 1964, les jeunes sont devenus des acteurs sociaux plus engagés politiquement et, en 1968, ils ont rejoint les travailleurs dans un mouvement social qui est devenu connu sous le nom de Mai 68. Dans le Paris de cette période, les jeunes découvrent d’autres formes de vie que celles liées au binarisme bourgeois. C’était un contexte d’expérimentation, parmi eux, celui des drogues : cannabis, LSD, amphétamines, drogues détournées, héroïne, méthamphétamine et cocaïne.

Kokoreff et al. (2018) soulignent également qu’en 1969, une série de surdoses rapportées par la presse a provoqué une discussion sur les contours dramatiques impliquant l’utilisation de ces substances. D’une part, les articles de journaux auraient contribué à une vision très émotionnelle de la relation entre les jeunes et la drogue. D’autre part, il y avait implicitement un grand intérêt de l’État à s’attaquer à la répression de la drogue afin d’accroître le contrôle et le maintien de l’ordre social, compte tenu des défis politiques auxquels il était confronté. En fait, les cas de surdose étaient ponctuels, mais leur exposition servait de justification aux mesures législatives prises, sous l’argument de la protection des jeunes menacés.

Il s’ensuit de cette époque que la personne qui consommait des drogues psychoactives était classée par la psychiatrie comme toxicomane et que sa consommation en est venue à être comprise à travers une escalade de la toxicomanie. Cela commencerait par la consommation de drogues considérées comme plus légères et aboutirait à la consommation de drogues plus lourdes. La phase de l’héroïne serait, selon cette théorie, la plus dégradante. Dans celui-ci, l’utilisateur habituel était désigné comme junky et associé à l’idée que ce médicament conduit à une impasse mortelle dont on ne peut pas sortir (KOKOREFF et al., 2018).

Cependant, nous ne pouvons manquer de souligner que la relation entre les stigmatisés (utilisateurs de substances psychoactives) et les autres (ceux qui se considèrent comme « normaux ») est socialement complémentaire, c’est-à-dire qu’elle fait partie des processus d’interaction sociale (GOFFMAN, 2008). Ainsi, entre toxicomanie et normal, il existe une relation sociale nécessaire. En outre, Machado Pais (2003, p. 205), dans une étude sur les cultures des jeunes à Lisbonne, souligne que: « la consommation de drogues prend des significations différentes en fonction des spécificités culturelles et des expériences symboliques des différents groupes que la consommation de drogues finit par renforcer ».

La compréhension de Machado Pais (2003) est corroborée par Kokoreff et al. (2018) lorsqu’il a été déclaré que les usages de drogues sont aussi divers que leurs utilisateurs. Parmi ces derniers, il y a ceux qui contrôlent l’utilisation ou ceux qui alternent les substances et les périodes de consommation. Ainsi, l’usage de drogues peut avoir une signification particulière pour chaque personne et, en outre, il existe de nombreux utilisateurs qui gèrent leur propre consommation, parviennent à maintenir une activité professionnelle, à suspendre l’utilisation de manière saisonnière ou à l’alterner avec d’autres traitements.

La thèse de Dos Santos (2016), qui propose une sorte d’étude comparative, présente également une partie d’une généalogie sur la consommation de substances psychoactives dans les différentes localités analysées par elle (France, Suisse et Québec). L’auteur souligne l’existence d’une « relativisation de la norme d’abstinence » (DOS SANTOS, 2016, p. 133) tout au long des années 1980. Il souligne qu’il y a des efforts pour repenser la toxicomanie. Selon les travaux susmentionnés, plusieurs études ont cherché à montrer que le déni de consommation était inefficace, puis une tendance à accepter la consommation éventuelle s’est construite. En outre, un autre mode d’admission de la consommation de drogues consistait en une stabilisation par la méthadone, dans le cas de la consommation d’opiacés. Cette nouvelle façon d’envisager la consommation de drogues annonçait la flexibilisation future concernant le modèle d’isolement des usagers.

Ainsi, la réduction des risques a été introduite dans le cadre de la normalisation de la consommation de drogues avant même son adoption officielle par l’État. Dans ce nouveau contexte, l’utilisateur s’est transformé en un agent actif de réduction des méfaits. Cela change deux conceptions sociologiques importantes, leur rôle social dans les processus d’interaction sociale, ainsi que leur status, car il assume la responsabilité par rapport à la santé et aux dommages qui peuvent lui être causés (GOFFMAN, 2004).

5. CONSIDÉRATIONS FINALES

De l’étude qui visait à analyser la constitution discursive interposée sur les salles de shoot à risque réduit dans le débat public Français, il a été observé que la mise en œuvre de ces établissements en France a été historiquement précédée par la construction de la consommation de drogue elle-même en tant que problème social et la stigmatisation des consommateurs psychoactifs. L’appréhension de ce problème s’est produite, dans un premier temps, par l’environnement politique et médical d’une manière austère et prohibitive, avec des résultats néfastes en termes de marginalisation et de maladie de ces utilisateurs.

Puisque notre question initiale cherchait à comprendre les aspects sociaux qui ont conduit à la transition du prohibitionnisme à l’adoption du modèle de modération et de réduction des méfaits, nous pouvons conclure que cette transition résultait de la constitution d’un champ de controverses qui a inséré le thème dans le débat public Français. Compte tenu des défis sanitaires lancés, l’agenda de réduction des méfaits dans la consommation de drogues psychoactives est devenu le domaine de la santé publique, avec de nouveaux acteurs configurant ce domaine. Portée par des actions dans des sphères plus petites, la question a atteint une grande ampleur et a conduit à la négociation des conditions de mise en œuvre, en 2016, des établissements qui visent à atténuer la vulnérabilité des personnes qui consomment des substances injectables.

Selon les documents analysés (articles scientifiques et thèses), nous avons observé que le modèle prohibitionniste précédemment dominant est associé à un idéal basé sur l’abstinence, tandis que celui de la réduction des méfaits, qui l’a remplacé, est lié à la logique de modération. On en déduit qu’il existe un consensus parmi les auteurs sur la compréhension qu’une salle de consommation est une structure qui, parce qu’elle est inscrite dans un modèle disciplinaire de réduction des méfaits, permet la consommation par modération, par opposition au modèle d’interdiction.

Les auteurs Le Breton (2012a, 2012b), Dos Santos (2016), Kokoreff et al. (2018), Jauffret-Roustide et Cailbault (2018) s’alignent sur l’idée que, partant du principe que la consommation régulière de drogues et la recherche de la vie ne s’opposent pas nécessairement, les salles de shoot semblent émerger comme un moyen d’assurer une existence digne aux usagers, car leur travail va au-delà de la fourniture d’un lieu de soins hygiéniques et protégés. Cette notion est importante car elle permet de redéfinir les rôles sociaux et le statut des utilisateurs de substances psychoactives. Ces espaces permettraient ainsi aux usagers de drogues de retrouver le statut de sujet. L’utilisation de drogues à risque contrôlé à cet endroit peut indiquer que la personne recherche une consommation lucide, une gestion ritualisée qui tient compte de la propreté, de la quantité, de la fréquence et de la réduction des méfaits. Grâce à ce processus, la personne atteindrait le monde des personnes sensibles par le biais de drogues, mais par un usage modéré, elle revendique sa rationalité, sa capacité à prendre des décisions que la société considère comme raisonnables.

Cependant, comme le montre la production scientifique rare identifiée jusqu’à présent de ce travail, d’autres études sont nécessaires afin d’identifier si, en fait, les salles de shoot permettent d’apporter un sentiment d’adéquation à ceux qui ne se sentent pas conformes aux normes sociales de conduite, en l’occurrence les utilisateurs de substances psychoactives qui les fréquentent. De plus, nous pensons qu’il est important d’examiner si la reprise du statut de sujet véhiculée par l’utilisation de substances dans les salles de shoot permet l’autonomie et l’ajout de drogues à coexister, l’un contrepoids à l’autre. En résumé, dans le cas d’une structure relativement récente inconnue de nombreux pays, le sujet mérite d’être mieux étudié, principalement en privilégiant le point de vue de ses habitués.

Il est conclu que surmonter les controverses sur le débat peut contribuer à la déstigmatisation/stigmatisation des utilisateurs de substances psychoactives, en redéfinissant leur rôle social et leur statut dans les processus d’interaction dans la société. Par conséquent, nous partageons cette discussion avec le public brésilien, convaincus que nous pouvons contribuer au débat sur l’adoption de mesures de réduction des risques pour les populations touchées par les drogues dans le pays. Historiquement marginalisées et éloignées des services de santé, ces personnes sont le public cible des Salles de shoot de médicaments à Risque Réduit, qui visent à atténuer leur vulnérabilité.

RÉFÉRENCES

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BARDIN, Laurence. Análise de conteúdo. São Paulo: Edições 70, 2009.

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DOS SANTOS, Marie. Usages de traitements de substitution aux opiacés: étude comparative: France, Suisse et Québec. 2016. Tese (Doutorado) – Curso de ciências humanas e sociais, Universidade de Estrasburgo, Estrasburgo, 2016.

ESCOHOTADO, Antonio. Historia de las Drogas, vol. 3. Madri:Alianza, 1998.

FASSIN, Didier. Entre politiques du vivant et politiques de la vie: pour une anthropologie de la santé. Anthropologie et sociétés, v. 24, n. 1, p. 95-116, 2000.

FOUCAULT, Michel. Le sujet et le pouvoir. Dits et écrits. 1982. v. 4, p. 222-243.

FOUCAULT, Michel. Surveiller et punir. Naissance de la prison. Paris: Gallimard,1975.

GARRAU, Marie. Politiques de la vulnérabilité. Paris: CNRS éditions, 2018.

GOFFMAN, Erving. Estigma: notas sobre a manipulação da identidade deteriorada. 4ª ed. Lisboa: LTC, 2004.

JAUFFRET-ROUSTIDE, Marie; CAILBAULT, Isabelle. Drug consumption rooms: comparing times, spaces and actors in issues of social acceptability in French public debate. International Journal of Drug Policy, v. 56, p. 208-217, 2018.

JAUFFRET-ROUSTIDE, Marie. Les salles de consommation à moindre risque. Esprit, n. 11, p. 115-123, 2016.

JOAS, Hans. La créativité de l’agir. In : BAUDOUIN, Jean-Michel. Théories de l’action et éducation.  Louvain-la-Neuve: édDe Boeck Supérieur, 2001. p. 27-43.

KOKOREFF, Michel.; COPPEL, Anne.; et PERALDI, Michel. et al. La catastrophe invisible. Histoire sociale de l’héroïne. Paris: Amsterdam Editions, 2018.

LE BRETON, David. Le contrecorps de la toxicomanie. Sociographe, n. 3, p. 55-64, 2012a.

LE BRETON, David. Sociologie du risque. Paris: Presses universitaires de France, 2012b.

MACHADO PAIS, José. Culturas Juvenis. 2ª ed. Lisboa: Imprensa Nacional-Casa da Moeda, 2003.

MILDECA – Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives, 2016. Les évaluations scientifiques de l’expérimentation des salles de consommations à moindre risque. Disponível em: https://www.drogues.gouv.fr/sites/drogues.gouv.fr/files/atoms/files/20161128_j_restit_scientif_evaluations_experimentations_scmr_def.pdf . Acesso em: 20 jan. 2019.

OEDT – Observatório europeu da droga e da toxicodependência, 2017. Salles de consommation de drogues: un aperçu de l’offre et des réalités. Disponível em: https://www.emcdda.europa.eu/topics/pods/drug-consumption-rooms_fr. Acesso em: 24 jun. 2019.

TROUESSIN, Mélanie. L’addiction comme pathologie de la volonté: repenser l’impuissance de la volonté à la lumière des sciences cognitives. 2017.Tese (Doutorado) – Curso de filosofia, Universidade de Lyon, Lyon, 2017.

VALENTIN, Claire Chaptal. Ouverture d’une salle de consommation à moindre risque (SCMR): attentes des usagers de drogues. 2018. Tese (Doutorado) –Universidade de Estrasburgo, Estrasburgo, 2018.

ANNEXE – NOTE DE BAS DE PAGE DE RÉFÉRENCE

  1. Auto-assistance pour toxicomanes.
  1. Il s’agit d’une section du mémoire de maîtrise en éthique et société, de la Faculté des sciences sociales de l’Université de Strasbourg, en France, qui s’est tenu en 2019.

6. Institut national de la santé et de la recherche médicale

7. Centre de recherche en médecine, science, santé, santé mentale et société.

8. Si populairement appelé les utilisateurs qui ont mené l’expérimentation de drogues aux dernières conséquences.

9. Français terme qui fait référence aux périphéries.

[1] Maîtrise et diplôme. ORCID: https://orcid.org/0000-0001-6280-6980

[2] Doctorant, maîtrise, premier cycle. ORCID: https://orcid.org/0000-0002-5941-190X

[3] Conseiller. Post-doctorat, doctorat, maîtrise, diplôme. ORCID: https://orcid.org/0000-0003-2352-5478

Dépôt : Octobre 2021.

Approbation : Novembre 2021.

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